Bête Hombrée berrichonne - Analyse des similarités avec d'autres jeux de cartes du XVIIIème siècle à l'aide du logiciel GEPHI.
A l'occasion de la mise à jour des règles de la Bête Hombrée berrichonne (et de la création d’une entrée sur Board Game Geek), j'ai relancé une analyse des similarités avec plusieurs jeux pratiqués à la même époque que la Bête Hombrée et dont les règles figurent dans plusieurs recueils du XVIIIème siècle, comme je l'avais déjà fait en 2008 avec un outil beaucoup moins sophistiqué.
Pour cela j'ai utilisé le logiciel GEPHI. Vous trouverez de nombreux tutoriels sur le web pour utiliser ce logiciel de visualisation graphique de relations et de réseaux.
J'ai encodé toutes les relations trouvées entre les jeux de cartes puis j'ai produit une représentation graphique que j'ai exportée au format SVG. J'ai peaufinée la lisibilité de cette image de base (légende, intitulés...) avec Inkskape.
Pour rappel, la Bête Hombrée est un dérivé du jeu de l’Hombre
importé d’Espagne au XVIIème siècle. Il semble qu’elle ait été couramment
pratiquée en France au XVIIIème siècle. Un siècle plus tard, elle n’a survécu
que dans quelques provinces, la Bourgogne et le Berry notamment. Le cercle
d’adeptes se restreignit notablement après la guerre de 14, principalement à
partir des années folles. Il est toutefois resté pratiqué dans ma famille
jusqu’à aujourd’hui (Journaux, 2026)
La Bête Hombrée est un jeu d’argent. C’est un jeu de plis avec enchères qui se joue à 4 joueurs. Chaque joueur reçoit une main de 5 cartes, puis une phase d’enchère permet de définir le joueur qui va tenter de réaliser son contrat. La phase de jeu de carte est classique avec l’obligation de fournir à la couleur, de monter à la couleur, de couper et de sur ou sous couper. Si le joueur réussit son contrat les autres joueurs lui payent chacun une somme proportionnelle à la difficulté du contrat réalisé. S’il chute le preneur paye ses adversaires et marque en plus une pénalité, la Bête, qui sera gagnée par le premier joueur qui réalisera son contrat au cours des manches suivantes (Journaux, 2026).
Après traitement des données, j'obtiens le graphique suivant :
Sans surprise, le jeu le plus proche de la Bête Hombrée berrichonne est la Bête Hombrée "classique" avec laquelle elle partage 15 caractéristiques communes. Elle s’inscrit directement dans sa continuité structurelle en conservant :
- Le format d'une main à 5 cartes ;
- Les mécanismes fondamentaux hérités de l'Hombre : le système d'enchères à palier (avec l'enchère spécifique "Premier en"), le choix de l'atout par le preneur, la présence de Matadores ;
- La couleur en Belle ;
- Le mode en "1 contre tous" et l'action d'écarter (cagnoter pour la version Berrichonne) ;
- La règle de gain de manche (réaliser au moins autant de levées que le contrat).
La Bête Hombrée Berrichonne se distingue néanmoins de la Bête Hombrée sur plusieurs points, le cagnot n'est accessible qu'au donneur s'il prend, et pas aux autres joueurs, son jeu à 23 cartes (contre 25 pour la Bête Hombrée) et l'absence de 8 de cœur Bacon en atout partout.
La Bête Hombrée berrichonne présente un niveau de similarité identique (7 à 8 points communs) avec les grands piliers de la famille de l'Hombre : L'Hombre (à trois - le jeu inital) et ses dérivés Le Quadrille, Le Quintille, ainsi que leurs variantes à deux ou trois joueurs et Le Médiateur.
- Ce qu'elle en retient : le principe des enchères à palier (mais avec une échelle d'enchères propre) ; le choix de l'atout par le preneur, l'utilisation du talon via l'écart (mais limité au seul donneur) ; la présence de Matadores (qui donne des bonus de points mais dont la structure est très différentes tout en gardant le principe de déclarer que l'on a en main les plus gros atouts) ; la pénalité de la "Bête" (mais avec une échelle spécifique de calcul et un mode de gestion propre) ; le principe de la pinandèle c'est à dire des 2 jetons mis par chaque joueur au milieu de la table quand personne ne prend (qui en plus dans la Bête Hombrée berrichonne a une conséquence sur le calcul des Bêtes).
- Ce qui l'en écarte : Elle ne retient pas l'ordre spécifique des cartes dans les couleurs (et qui change pour l'atout), le nombre de cartes du jeu et en main, le talon accessible à tout joueur qui prend.
Avec la Bête il y a 9 points communs : notre variante berrichonne conserve de l'ancêtre "La Bête" la structure de la main à 5 cartes, l'obligation de fournir/couper, l'ordre standard des cartes (RDVA10).
Enfin la Bête Hombrée berrichonne présente une parenté éloignée avec la Triomphe (5 points communs seulement). Bien qu'historiquement liée à l'émergence des jeux de levées à atout, la Triomphe ne partage avec la Bête Hombrée berrichonne que la mécanique brute de la carte (ordre RDVA10, main de 5 cartes, obligation de fournir/couper et surcouper/monter à la couleur). Elle est totalement dépourvue du système d'enchères complexes et de la gestion de l'écart qui caractérisent le bloc Berrichonne/Hombre.
Conclusion
Le graphe Gephi met parfaitement en lumière la nature hybride et évolutive de la Bête Hombrée berrichonne. Elle se positionne à la croisée des chemins : elle prend ses racines mécaniques dans la Bête classique (jeu de la carte, main de 5 cartes), mais adopte la quasi-totalité de la complexité stratégique de la famille de l'Hombre (enchères, écart, matadores) à l'exception de la gestion des couleurs, tout en y ajoutant sa singularité (un paquet réduit à 23 cartes, des règles du jeu de carte très strictes, une gestion spécifique des règlements).
Cela rejoint parfaitement la remarque que me faisait Philippe Lalanne, rédacteur du site Académie des jeux oubliés, dès 2008 : La Bête, c'est quasiment la Triomphe + la nécessité d'un joueur s'engageant contre les autres (mais sans enchères) + le principe de la bête (dette du perdant). La Bête Hombrée, c'est en majeure partie la Bête + engagement d'un joueur par un système d'enchères sur contrats (style de l'Hombre) + le paiement des "matadors" (inspiration de l'Hombre). La Bête Hombrée berrichonne, c'est la Bête Hombrée + la couleur favorite (inspiration du Médiateur) + un système de contrats (semblable au Bridge).
Que faire pour améliorer l'analyse ou poursuivre le travail ?
Premièrement, les points de comparaison ont été construits de façon empirique au fil de la lecture des règles. Il conviendrait de refaire une analyse systématique pour vérifier qu'il n'y a pas d'oubli ou d'erreur d’interprétation des règles.
Deuxièmement, des sous ensembles comme le codage des enchères à paliers ou les échelles de règlements mériteraient d'être analysés de façon approfondie.
Bibliographie
- Académie universelle des jeux : contenant les règles des jeux de cartes permis, celles du billard, du mail, du trictrac, du revertier, etc.. T. 1. 1806. Source gallica.bnf.fr / BnF
- Boussac, Jean (18..-19..? ; joueur de cartes). Auteur du texte. Encyclopédie des jeux de cartes : jeux de combinaisons, de ruse, de hasard, patiences, etc. / Jean Boussac. 1896. Source gallica.bnf.fr / BnF
- Académie universelle des jeux contenant les règles des jeux de Quadrille de l’Hombre […] avec des instructions faciles à apprendre pour les bien jouer, 710 pages, A Paris au Palais chez Théodore Legras, 1730. Source http://books.google.com
- La plus nouvelle académie universelle des jeux ou divertissements innocens […], Tome 1er , 229 pages, Pierre Vander Aa, 1721 Source http://books.google.com

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